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A propos du mariage homosexuel

Aux maires : « A propos du mariage homosexuel »

 

Si j’ai accepté de venir vous parler ce soir c’est parce que j’ai entendu – d’abord en tant que citoyenne et pas tellement en tant que psy – J’ai entendu que ma société était prise dans une question qui la bouleversait. J’ai bien conscience de ne pas m’adresser à n’importe qui ce soir, puisque je m’adresse à celles et ceux qui pourraient avoir la charge de participer activement à un acte symbolique, lequel acte symbolique a pour certains, précisément valeur de destruction du symbolique.

Je crois que quelle que soit notre position par rapport à cette question du mariage homosexuel, il est important de ne pas faire la sourde oreille à ceci que les maires de nos communes sont appelés à occuper une place dans laquelle il est possible qu’ils peinent à s’inscrire.

La question du mariage homosexuel est une question qui fait peur, mais j’ai cru comprendre que cette question fait peur surtout en ce qu’elle ouvre un droit à l’adoption et du même coup vient toucher à nos représentations des structures de la parenté et de la filiation qui fondent l’ordre symbolique de nos sociétés.

Le mariage homosexuel touche à la question de la transmission en ceci que le couple homosexuel n’étant  pas en mesure biologiquement de procréer, nous nous interrogeons sur sa légitimité à avoir des enfants.

Afin de donner des éléments pour penser et problématiser cette question j’aimerais attirer votre attention sur ceci : Si l’humain est pris pour une part dans des déterminismes biologiques, ces déterminismes à eux seuls sont bien incapables de rendre compte de ce qu’est l’humain. Les chats et les chiens sont bien tout à fait apte biologiquement à procréer, ce n’est pas pour autant que ça les rend capables de transmission.

Ce qui nous permet d’entrevoir que la transmission dont l’être humain à la charge est d’un tout autre ordre que la transmission biologique. En d’autre terme la fertilité biologique de l’humain ne dit rien de sa capacité à transmettre. Parce que s’il est à la portée de beaucoup d’entre nous de faire des enfants, l’expérience nous enseigne que c’est bien autre chose que d’occuper auprès d’eux la juste place qui permet une transmission.

Nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas nous apercevoir que ce n’est pas notre capacité biologique à procréer qui fait de nous des parents, c’est-à-dire des passeurs d’histoires. Combien de parents sont en panne de récit face à leurs enfants ?

Ceci pour vous dire quoi ? Que ce qui fait transmission c’est une parole, la dimension symbolique du mariage, est symbolique en ceci que c’est un échange de parole. Ce que nous donnons à nos enfants se sont des mots.

Nous sommes tous fait de ça, du récit chaotique de nos vies. C’est ce qui fait nos richesses autant que nos difficultés, c’est ce qui fait nos joies autant que nos peines. Les enfants nous interrogent sans cesse sur leurs origines, mais combien de parents sont à même de répondre, que dire de la grand-mère qui s’est suicidé ? Que dire de la tante qui est à l’hôpital psychiatrique ? Que dire du père qui est parti avant même que le fils ne soit né, que dire du grand-père collabo ? Que dire de ce que tu es né trop tôt ? Que dire de ce que tu es né d’avec un homme que je n’aimais pas ?

Que dire ? Nos histoires sont pleines de trous, c’est ainsi, nous sommes fait de ça. Que dirons les couples homosexuels à leurs enfants de leurs origines ? Ils feront comme les autres, ils leur diront du mieux qu’ils peuvent, ils leurs diront comme on dit aux enfants, qu’ils se sont aimé très fort et que leur amour leur a donné l’énergie d’aller le chercher lui, dans un lointain pays, qu’il a fallu remplir beaucoup de papiers, attendre très longtemps, être très patient. Ils leurs diront comme tout un chacun l’histoire d’un désir mal foutu.  Nous sommes tous nés de ça du désir mal foutu de nos parents.

L’humain parce qu’il est humain est invité de toujours à penser la complexité, il n’y a donc pas de raison pour que nous ne trouvions pas les mots, pour que les couples homosexuels ne trouvent pas les mots pour dire à l’enfant quelque chose des circonstances complexes de sa conception.

Et rien ne nous permet de supposer qu’un enfant ne soit pas en capacité d’intégrer psychiquement, la complexité de ce qui lui est adressé. Si ce que nous lui adressons est pris dans une parole juste.

Il y a des sociétés où sont nommé « mère » toutes les sœurs de la mère biologique, il y a des sociétés où les parents qui élèvent l’enfant ne sont pas les parents biologiques et où l’enfant entre dans un système de filiation extrêmement complexe.

Si le biologique nous fait mammifère, la parole nous humanise et nous permet de rentrer dans des systèmes de filiations complexes.

Le biologique est impuissant à nommer, celui qui nomme c’est celui qui est en mesure de dire « tu es mon fils », « tu es ma femme » désignant alors pour l’autre et pour lui dans la même opération la place symbolique à occuper, inscrivant dans cette parole un ordre de différence.

Les hommes et les femmes qui s’adressent à vous pour les marier qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels ne témoignent-ils pas d’un souhait d’inscription dans un social qui les assignent à une place, c’est-à-dire qui les oblige ?

 

Se pourrait-il alors que la demande de mariage des couples homosexuels, emporte avec elle une demande des mêmes devoirs bien plus que des mêmes droits ? Une demande de participation au social qui oblige bien plus qu’il n’autorise, une demande de participation à la vie de la cité, afin qu’elle continue à s’inventer, afin qu’elle continue à vivre dans sa diversité et sa complexité. Nous sommes non seulement en mesure de penser le complexe, mais nous sommes je crois surtout en devoir de le penser. Si notre société d’aujourd’hui devait être menacé de quelque manière que ce soit, ne serait-ce pas davantage par excès de simplification ?

Nous sommes en mesure de continuer à penser les mots qui rendent nos sociétés encore habitables.

 

 

 

 

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