Psychanalyse

La psychanalyse lève les interdits de penser, favorise un éveil et laisse la place aux inattendus.

La psychanalyse n’est pas une technique, c’est une rencontre entre un analyste et un analysant. Une rencontre qui offre la possibilité de produire un récit, le récit de nos souffrances, de nos enfermements, de nos hésitations, de nos solitudes. Parce que l’on ne se souvient jamais seul. Le récit ouvre des scénarios, produit des possibles et nous laisse loin des tergiversations stériles.

L’homme ne fera pas l’économie de ses passions : ses peines, ses souffrances, ses  enthousiasmes et ses joies sont au cœur de sa vie à condition qu’il en prenne le risque. Pourrons-nous lâcher nos fidélités souffrantes ? Notre culpabilité ? Nos peurs ? Nos fantômes ?

Prendrons-nous ce risque- là ? Le risque de vivre ? Le risque d’aimer ? Le risque du nouveau ? Le risque de l’inconnu ? Le risque de la souffrance ? Le risque d’espérer ? Le risque de la joie ?

Qu’avons-nous à proposer à nos patients ? Sinon d’entendre le vrai d’une parole, entendre ce qui a été tu, ce qui n’a pas pu se dire et parfois même ce qui n’a pas pu se penser dans le secret d’une famille, dans le secret d’un couple, dans le secret d’un corps.

Faire que l’indicible, l’impensable, l’irreprésentable et l’impartageable trouvent enfin une destination.

Travailler sur sa propre histoire, réfléchir à ce qui nous entrave et nous étouffe, à ce qui nous angoisse, à ce qui se répète, à ce qui nous empêche d’aimer, c’est aussi travailler pour les générations futures, pour nos enfants.

Notre monde contemporain nous enjoint à un formalisme de plus en plus contraignant, nos entreprises et nos institutions invitent à un management féroce et anonyme alors même que  le désir est : …La plus grande source de résistance de l’individu à l’emprise d’un collectif qui vise à ériger un lien collectif dépersonnalisé, identique pour tous, en place de tout lien personnel, pulsionnel, érotique ».[1]

Prendrons-nous le risque de notre subjectivité, de notre désir, de notre style ? Le risque de l’enthousiasme ? Le risque de notre singularité ? Tel est peut-être l’enjeu d’une psychanalyse. Une analyse est une  conquête difficile vers plus de liberté.

Notre monde porte encore la balafre des guerres et des génocides du XXème siècle, ce monde promis à la pacification ne fait que s’embraser et nous sommes les fils et les filles non seulement des amours et des guerres domestiques, mais aussi les fils et les filles de notre siècle, c’est-à-dire des grandes guerres, des génocides, de la désindustrialisation, du sida, des délocalisations, des plans sociaux, de la crise, du management, du terrorisme ….

Les cliniciens d’aujourd’hui ont à faire avec ce qui n’a pas pu s’écrire des horreurs et des traumas des XXème et XXIème siècle. « … Combien la barbarie du génocide balafrait toute la subjectivité moderne… combien ce mal est profond et essentiel pour comprendre le mal de vivre de l’homme moderne pour élaborer une clinique d’aujourd’hui ».[2] Parce que nous avons fait l’expérience psychique que l’homme était en mesure de vouloir exterminer son prochain jusqu’au dernier…

Longtemps je me suis demandée qu’est-ce qu’était une rencontre ?  Une rencontre serait-ce un moment qui change une trajectoire ?  Un impact qui dévie ? Quelque chose s’est passé qui va changer radicalement votre vie, la direction qu’elle prenait. Une rencontre ça peut-être un livre, une musique, un amour, une parole entendue, qui vient provoquer un éclat, une joie, un espoir nouveau, où au contraire une mélancolie, une sidération, une peur décisive.

Cela peut-être aussi la rencontre avec un clinicien, il y a des rencontres cliniques qui sont comme des fulgurances.

Prendre rendez-vous chez un psychanalyste c’est peut-être – malgré la souffrance qui est là – témoigner de l’espoir que quelqu’un sera là pour vous entendre. C’est croire quand même à une promesse, promesse non écrite, non dîtes sans doute, mais sue, malgré les trahisons. C’est pouvoir croire qu’il y a du pacte possible.

C’est sans doute la croyance en la promesse qu’un autre puisse être là, qui n’est pas entièrement désertée.

Encore faut-il que cet autre-là, l’analyste, ne soit pas trop sourd pour que son patient puisse quitter le temps du symptôme, le temps du trauma, qui est un temps sans avenir. Il s’agit de remettre le temps en marche afin que s’ouvrent d’autres possibles, de nouveaux enthousiasmes et de nouvelles joies.

[1] Nathalie Zaltzman, De la guérison psychanalytique, Paris, PUF, 1998, P.15.

[2] Gérard Haddad,  Le jour où Lacan m’a adopté, Paris Grasset 2002,  P.366